Katherine Plouffe : tisser des liens en apprenant le français

Publié le 26 février 2026

L’équipe du Portail linguistique a eu le plaisir de s’entretenir avec Katherine Plouffe, talentueuse basketteuse professionnelle ayant participé deux fois aux Jeux olympiques, et co-porte-parole de l’édition 2026 des Rendez-vous de la Francophonie (RVF). On pourrait croire qu’une personne dont le nom de famille est Plouffe et qui assume le rôle de co-porte-parole des RVF est francophone. Pourtant, le français est la langue seconde de Katherine! Notre discussion avec elle nous a permis d’en apprendre davantage sur son parcours unique d’apprentissage du français et la façon dont elle se sert de sa langue seconde pour tisser des liens dans sa vie personnelle et professionnelle.

Apprendre le français en Alberta

Katherine a grandi à Edmonton, en Alberta, dans une famille anglophone. Elle a aussi des racines francophones, mais la langue française s’est perdue entre la génération de ses arrière-grands-parents et celle de ses grands-parents. Katherine tente aujourd’hui de remédier à cette perte. Elle fait partie d’une fratrie de cinq enfants, et toute sa famille est mordue de sport. Tout comme sa jumelle et coéquipière, Michelle, elle a suivi les traces de sa sœur aînée, Andrea, et a adopté le basketball.

Le parcours d’apprentissage du français de Katherine à l’école primaire et secondaire correspond à ce qu’elle considère comme « l’expérience anglophone typique » dans l’Ouest canadien : des cours de niveau débutant où elle a appris les rudiments du français. Elle estime tout de même que ces premiers apprentissages ont posé les bases de ce qu’elle a appris par la suite.

Apprendre et progresser dans le monde du basketball

Si le parcours d’apprentissage du français de Katherine à l’école a été typique, on ne peut pas en dire autant de sa trajectoire dans le monde du basketball. Après avoir remporté deux championnats provinciaux, elle a obtenu une bourse d’études complète de l’Université Marquette, au Wisconsin, où elle a fait des études en communication. En 2015, elle est partie pour la France, où elle a exercé son sport au plus haut niveau professionnel pendant sept ans. C’est au cours de cette période qu’elle a participé à ses premiers Jeux olympiques.

Apprendre le français en France

Lorsque Katherine est arrivée en France, elle a tout de suite su qu’elle voulait apprendre le français. Il était important pour elle de s’immerger pleinement dans son nouvel environnement et de tisser des liens avec ses coéquipières. Elle tenait à créer un climat où toutes les joueuses, en particulier les plus jeunes, se sentiraient pleinement intégrées à l’équipe. Au départ, elle s’est dit : « Je vais apprendre un peu de français. Avec un peu de chance, mes coéquipières apprendront un peu d’anglais, et on arrivera à se comprendre. » Katherine a plongé tête première dans l’aventure. Elle a utilisé des applications, s’est inscrite à des séances de tutorat et a étudié la conjugaison et la grammaire.

Elle a également demandé à ses coéquipières de lui parler en français, une décision qu’elle a rapidement remise en question quand elle s’est rendu compte qu’elle avait du mal à les comprendre. Mais elle n’avait pas à s’inquiéter. Ses coéquipières ont fait preuve de patience et de bienveillance envers elle. Et elles étaient très heureuses de la corriger lorsqu’elle commettait une erreur!

Apprendre une langue seconde : les défis

Ce que Katherine a trouvé le plus difficile, c’est d’enrichir son vocabulaire et d’exprimer fidèlement sa pensée. « On n’a qu’une fraction du vocabulaire pour s’exprimer. Apprendre une autre langue, c’est une leçon d’humilité, parce que même avec la meilleure volonté du monde, on peut juste faire de son mieux. »

Elle se souvient que, chez l’une de ses coéquipières, il y avait un aimant sur le réfrigérateur sur lequel on pouvait lire : « Un accent est une marque de courage. » Cette phrase l’a interpellée parce qu’elle s’était jusqu’alors efforcée de prendre un accent aussi français que possible. La phrase inscrite sur l’aimant l’a aidée à lâcher prise.

« Il faut bien commencer quelque part », dit Katherine. « Ce n’est jamais parfait, mais il faut se lancer pour que ça finisse par s’imprimer réellement dans la mémoire. » Elle se réjouit d’avoir investi le temps et les efforts nécessaires pour apprendre : « Je suis loin de maîtriser parfaitement le français, mais je suis contente d’être capable d’entrer en contact avec de nouvelles personnes grâce à cette langue. »

Apprendre une langue pour bâtir une équipe

Katherine estime que les efforts qu’elle a investis pour apprendre le français l’ont grandement aidée à donner le meilleur d’elle-même dans sa vie professionnelle. « Je pense que cela m’a permis de performer à un niveau plus élevé parce que mes coéquipières m’ont fait confiance. J’ai noué des relations avec elles, et il y avait un lien de confiance entre nous. Lorsqu’on pratique un sport d’équipe à un niveau compétitif, la confiance est primordiale. Les équipes qui n’ont pas ce lien de confiance, qui ne sont pas soudées, ne peuvent pas bien performer. »

Apprendre et tisser des liens au Canada

Après son passage dans la ligue professionnelle française, Katherine est retournée à Edmonton, où la communauté francophone est très dynamique. Elle ne s’y était jamais vraiment mêlée avant d’apprendre le français. À son retour, cependant, elle avait l’impression d’être plus consciente de la présence du français autour d’elle, ce qui lui a permis d’entrer en contact avec plus de gens.

Maintenant qu’elle est de retour au Canada et plus ancrée dans la francophonie canadienne, elle espère pouvoir ouvrir la voie à ceux et celles qui aimeraient prendre part à des activités dans la communauté francophone. Pour elle, tout passe par la création de liens : « Les liens que l’on crée ont un potentiel exponentiel. On ne sait jamais où le lien qu’on a créé avec quelqu’un peut nous mener ni ce que peut nous apporter l’effort d’aller vers une personne et d’apprendre à la connaître. Et je pense que c’est ça la beauté des liens qu’on tisse avec des gens partout dans le monde, et plus particulièrement dans sa propre communauté. »

Transmettre ses apprentissages

Lorsqu’on lui demande ce que son rôle de porte-parole des RVF signifie pour elle, Katherine dit qu’elle est honorée d’avoir été choisie, même si elle sait ne pas être la personne la plus à l’aise en français. Elle croit que ce sont les valeurs qu’elle incarne et son désir de servir la communauté qui expliquent son association avec les RVF. « Au fond, tout part des liens qu’on crée avec les gens. Je le répète souvent, mais créer des liens, ça favorise un sentiment d’unité. Malgré toutes nos différences, on peut toujours s’entendre. Il y a toujours un terrain d’entente autour duquel s’unir. »

Katherine a hâte d’en apprendre davantage sur la francophonie canadienne et de pouvoir transmettre ce qu’elle a appris au cours de sa vie à la jeune génération. Utilisant une expression anglaise, elle se compare à une tortue perchée sur un poteau : comme la tortue, elle n’est pas arrivée là toute seule. De nombreuses personnes l’ont soutenue et l’ont aidée à atteindre ses objectifs, et elle veut en faire autant pour les autres, dans les deux langues officielles du Canada.

L’entrevue avec Katherine a été réalisée en anglais; les citations sont des traductions libres.

Avertissement

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En savoir plus sur Amanda Kenney

Amanda Kenney

Amanda a toujours eu un intérêt pour les langues. Elle a vécu dans un environnement où se côtoyaient le français et l’anglais, que ce soit à la campagne au Québec, à Ottawa ou à Montréal. Titulaire d’un baccalauréat en traduction de l’Université Concordia, elle s’est jointe au Bureau de la traduction à titre de traductrice en 2007. Depuis 2021, elle travaille au Portail linguistique du Canada, ce qui lui permet de nourrir plus que jamais sa passion pour les langues et la rédaction.
 

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