Les mains sont un moyen de communication universel, et les gestes utilisés pour dire « bonjour », « au revoir » ou « s’il vous plaît » sont similaires dans de nombreuses cultures. Faire des signes pour exprimer la faim, lever le pouce en guise d’approbation ou faire le signe de la paix peut nous sembler tout à fait naturel, mais peu de gens prennent le temps de réfléchir à tout ce qu’il est possible d’exprimer avec les mains. Les Nations Unies ont désigné le 23 septembre comme la Journée internationale des langues des signes, et il y a fort à parier que beaucoup seraient surpris d’apprendre qu’il existe en fait plus de 300 langues des signes dans le monde.
Ma découverte du monde de la langue des signes
Je ne suis pas moi-même une personne sourde, mais je m’intéresse à la langue des signes depuis très longtemps. J’ai acheté mon premier livre sur les signes de base lorsque j’étais à l’école secondaire. Au début des années 2010, j’ai voulu approfondir mes connaissances sur le sujet. J’ai donc fait quelques recherches et j’ai découvert qu’au Canada, il y a deux principales langues des signes : l’American Sign Language (ASL) dans les régions anglophones du pays, et la langue des signes québécoise (LSQ) au Québec et dans certaines parties de l’Est du Canada. On recense aussi un certain nombre de langues des signes autochtones qui reviennent lentement dans l’usage, comme la langue des signes des Autochtones des Plaines et la langue des signes inuite.
Il convient par ailleurs de préciser que chaque langue des signes a sa propre grammaire et son propre vocabulaire. Rechercher des similitudes entre l’ASL et la LSQ équivaut à essayer de trouver des points communs entre l’anglais et le français : ils existent, mais ils sont rares. On m’a souvent demandé pourquoi il n’y avait pas de langue des signes universelle pour toutes les personnes sourdes. Je réponds que la langue des signes est aussi ancienne que la langue parlée, et qu’avant les récentes avancées technologiques, les personnes sourdes vivant dans différentes régions et sur différents continents n’avaient aucun moyen de communiquer entre elles.
Quand j’ai commencé à apprendre l’ASL, les premiers signes enseignés étaient assez simples : les chiffres et l’alphabet. Puis il y a eu les animaux, les aliments, les couleurs, les pays et plus encore. À la fin du cours de niveau débutant, je pouvais signer des questions (et des réponses) de base, comme « Quelle est votre couleur préférée? » et « Qu’aimez-vous manger le dimanche? ». Ce que j’ai le plus aimé au cours de mon apprentissage, c’était d’être entourée de personnes ouvertes d’esprit qui voulaient maîtriser le mieux possible cette langue unique. Pour m’aider dans mon parcours, j’ai consulté fréquemment certains sites Web, dont HandSpeak (s’ouvre dans un nouvel onglet) (en anglais seulement), et j’ai acheté le Canadian Dictionary of ASL (dictionnaire canadien de l’ASL).
De l’apprentissage à l’enseignement
De toute évidence, l’ASL me captivait. Je me suis immédiatement inscrite à un cours de niveau intermédiaire, et j’ai même passé une semaine au camp d’été Bob Rumball, à Parry Sound, en Ontario, qui offre un programme d’immersion en ASL pour adultes. Et comme j’adore apprendre en transmettant mes connaissances, je me suis dit qu’il serait bien d’enseigner les notions de base de l’ASL à des personnes débutantes. Mes recherches m’ont permis de constater que les options à Montréal étaient très limitées. J’ai donc présenté mon idée aux services aux étudiants et étudiantes de l’Université McGill et, peu de temps après, j’enseignais à un petit groupe très motivé. La taille des groupes augmentait à chaque session, ce qui donne à penser que les jeunes ont envie d’apprendre la langue des signes.
Malheureusement, comme bien d’autres choses, lorsqu’on ne pratique pas une langue, on perd en aisance. J’ai fini par aller vivre à l’étranger pendant quelques années, et j’ai perdu la plupart de mes acquis. Cependant, en rédigeant ce billet, j’ai constaté à quel point l’apprentissage de nouveaux signes me manque, tout comme les échanges avec des personnes issues ou non de la communauté Sourde.
Une culture dynamique
La culture Sourde est dynamique. Elle rayonne à travers le théâtre, des festivals de films, des slams de poésie et bien d’autres formes d’expression. Les personnes sourdes sont présentes dans tous les milieux; elles sont pilotes, peintres, enseignants, enseignantes, nageurs, nageuses battant des records, et j’en passe. De plus, un député sourd a déjà siégé à l’Assemblée législative d’une province.
Malgré tout, une plus grande place devrait être accordée aux langues des signes dans l’espace public. Les principes d’équité, de diversité et d’inclusion ne s’appliquent pas seulement lorsqu’il est question de genre, de sexualité et de race; ils concernent aussi les personnes ayant des capacités différentes, y compris les personnes sourdes. Que vous souhaitiez apprendre l’ASL ou la LSQ, un monde linguistique et culturel fascinant vous attend.
J’aimerais beaucoup que vous me fassiez part de vos expériences concernant la langue des signes. N’hésitez pas à laisser un commentaire!