Ma relation avec la langue des signes et la culture Sourde

Publié le 12 janvier 2026

Les mains sont un moyen de communication universel, et les gestes utilisés pour dire « bonjour », « au revoir » ou « s’il vous plaît » sont similaires dans de nombreuses cultures. Faire des signes pour exprimer la faim, lever le pouce en guise d’approbation ou faire le signe de la paix peut nous sembler tout à fait naturel, mais peu de gens prennent le temps de réfléchir à tout ce qu’il est possible d’exprimer avec les mains. Les Nations Unies ont désigné le 23 septembre comme la Journée internationale des langues des signes, et il y a fort à parier que beaucoup seraient surpris d’apprendre qu’il existe en fait plus de 300 langues des signes dans le monde.

Ma découverte du monde de la langue des signes

Je ne suis pas moi-même une personne sourde, mais je m’intéresse à la langue des signes depuis très longtemps. J’ai acheté mon premier livre sur les signes de base lorsque j’étais à l’école secondaire. Au début des années 2010, j’ai voulu approfondir mes connaissances sur le sujet. J’ai donc fait quelques recherches et j’ai découvert qu’au Canada, il y a deux principales langues des signes : l’American Sign Language (ASL) dans les régions anglophones du pays, et la langue des signes québécoise (LSQ) au Québec et dans certaines parties de l’Est du Canada. On recense aussi un certain nombre de langues des signes autochtones qui reviennent lentement dans l’usage, comme la langue des signes des Autochtones des Plaines et la langue des signes inuite.

Il convient par ailleurs de préciser que chaque langue des signes a sa propre grammaire et son propre vocabulaire. Rechercher des similitudes entre l’ASL et la LSQ équivaut à essayer de trouver des points communs entre l’anglais et le français : ils existent, mais ils sont rares. On m’a souvent demandé pourquoi il n’y avait pas de langue des signes universelle pour toutes les personnes sourdes. Je réponds que la langue des signes est aussi ancienne que la langue parlée, et qu’avant les récentes avancées technologiques, les personnes sourdes vivant dans différentes régions et sur différents continents n’avaient aucun moyen de communiquer entre elles.

Quand j’ai commencé à apprendre l’ASL, les premiers signes enseignés étaient assez simples : les chiffres et l’alphabet. Puis il y a eu les animaux, les aliments, les couleurs, les pays et plus encore. À la fin du cours de niveau débutant, je pouvais signer des questions (et des réponses) de base, comme « Quelle est votre couleur préférée? » et « Qu’aimez-vous manger le dimanche? ». Ce que j’ai le plus aimé au cours de mon apprentissage, c’était d’être entourée de personnes ouvertes d’esprit qui voulaient maîtriser le mieux possible cette langue unique. Pour m’aider dans mon parcours, j’ai consulté fréquemment certains sites Web, dont HandSpeak (s’ouvre dans un nouvel onglet) (en anglais seulement), et j’ai acheté le Canadian Dictionary of ASL (dictionnaire canadien de l’ASL).

De l’apprentissage à l’enseignement

De toute évidence, l’ASL me captivait. Je me suis immédiatement inscrite à un cours de niveau intermédiaire, et j’ai même passé une semaine au camp d’été Bob Rumball, à Parry Sound, en Ontario, qui offre un programme d’immersion en ASL pour adultes. Et comme j’adore apprendre en transmettant mes connaissances, je me suis dit qu’il serait bien d’enseigner les notions de base de l’ASL à des personnes débutantes. Mes recherches m’ont permis de constater que les options à Montréal étaient très limitées. J’ai donc présenté mon idée aux services aux étudiants et étudiantes de l’Université McGill et, peu de temps après, j’enseignais à un petit groupe très motivé. La taille des groupes augmentait à chaque session, ce qui donne à penser que les jeunes ont envie d’apprendre la langue des signes.

Malheureusement, comme bien d’autres choses, lorsqu’on ne pratique pas une langue, on perd en aisance. J’ai fini par aller vivre à l’étranger pendant quelques années, et j’ai perdu la plupart de mes acquis. Cependant, en rédigeant ce billet, j’ai constaté à quel point l’apprentissage de nouveaux signes me manque, tout comme les échanges avec des personnes issues ou non de la communauté Sourde.

Une culture dynamique

La culture Sourde est dynamique. Elle rayonne à travers le théâtre, des festivals de films, des slams de poésie et bien d’autres formes d’expression. Les personnes sourdes sont présentes dans tous les milieux; elles sont pilotes, peintres, enseignants, enseignantes, nageurs, nageuses battant des records, et j’en passe. De plus, un député sourd a déjà siégé à l’Assemblée législative d’une province.

Malgré tout, une plus grande place devrait être accordée aux langues des signes dans l’espace public. Les principes d’équité, de diversité et d’inclusion ne s’appliquent pas seulement lorsqu’il est question de genre, de sexualité et de race; ils concernent aussi les personnes ayant des capacités différentes, y compris les personnes sourdes. Que vous souhaitiez apprendre l’ASL ou la LSQ, un monde linguistique et culturel fascinant vous attend.

J’aimerais beaucoup que vous me fassiez part de vos expériences concernant la langue des signes. N’hésitez pas à laisser un commentaire!

Avertissement

Les opinions exprimées dans les billets et dans les commentaires publiés sur le blogue Nos langues sont celles des personnes qui les ont rédigés. Elles ne reflètent pas nécessairement celles du Portail linguistique du Canada.

En savoir plus sur Nadia Helal

Nadia Helal

Nadia Helal

Nadia Helal est professeure d’anglais et conseillère pédagogique. Elle travaille pour le ministère de l’Éducation du Québec. Nadia détient un baccalauréat ès arts en création littéraire de l’Université Concordia, ainsi qu’un baccalauréat et une maîtrise en éducation de l’Université d’Ottawa. Elle a enseigné l’anglais partout dans le monde, notamment en Corée du Sud, en Angleterre et au Canada. Elle recommande le blogue, les outils d’aide à la rédaction et les jeux du Portail linguistique du Canada à ses étudiants et étudiantes francophones et anglophones.

 

Rechercher par thèmes connexes

Vous voulez trouvez d'autres billets portant sur les mêmes thèmes? Cliquez sur un lien ci-dessous pour voir tous les billets du blogue Nos langues portant sur le thème choisi. Les résultats de recherche s’afficheront dans le Navigateur linguistique.

 

Écrire un commentaire

Veuillez lire la section « Commentaires et échanges » dans la page Avis du gouvernement du Canada avant d’ajouter un commentaire. Le Portail linguistique du Canada examinera tous les commentaires avant de les publier. Nous nous réservons le droit de modifier, de refuser ou de supprimer toute question ou tout commentaire qui contreviendrait à ces lignes directrices sur les commentaires.

Lorsque vous soumettez un commentaire, vous renoncez définitivement à vos droits moraux, ce qui signifie que vous donnez au gouvernement du Canada la permission d’utiliser, de reproduire, de modifier et de diffuser votre commentaire gratuitement, en totalité ou en partie, de toute façon qu’il juge utile. Vous confirmez également que votre commentaire n’enfreint les droits d’aucune tierce partie (par exemple, que vous ne reproduisez pas sans autorisation du texte appartenant à un tiers).

Participez à la discussion et faites-nous part de vos commentaires!

Commentaires

Les commentaires sont affichés dans leur langue d’origine.

Lire les commentaires

Soumis par Paul Junior NDOKA le 12 janvier 2026 à 13 h 38

Bonjour
Je m'appelle Paul Junior NDOKA je suis originaire du Cameroun je vis dans la région de Québec depuis moins maintenant avant d'arriver ici j'étais interprète en langue de signes pendant plus d'une dizaine d'années dans mon pays et j'ai participé à plusieurs conférences et formation internationales notamment avec Wasli et bien d'autres. Je souhaite me connecter avec la communauté des sourds de la région et au delà.
Merci pour votre article

Soumis par Marie Cadieux le 12 janvier 2026 à 14 h 57

Bonjour,
Merci, j'ai bien aimé livre votre billet, qui explique simplement et clairement pourquoi il n'y a pas une langue des signes universelle. C'est une question que je me suis souvent posée, et j'ai réalisé, en vous lisant, que c'était comme souhaité que sur la planète, nous parlions tous la même langue ou se demander pourquoi il y a tant de variantes d'une seule langue. Je me suis posé la question surtout quand est venu le temps de faire préparer une version en langue des signes d'un album jeunesse que nous avons publié et qui parle de « mains qui dansent ». Tommy Tempête, prix Champlain 2023, et Sélection d'IBBY Canada des livres exceptionnels pour jeunes en situation de handicap - 2025, sans qu'il soit de surdité, fait une large part à la langue des signes et il était important pour nous qu'il soit donc disponible en langue des signes.

Soumis par Isabelle Landry le 12 janvier 2026 à 19 h 37

Lorsque j’ai eu à choisir un langage signé pour mon fils qui était totalement sourd, j’ai opté pour le « Français signé ».
Ce mode de communication signé suit la sémantique du Français écrit. La scolarisation et la lecture pour mon fils en ont été facilitées.
Le choix est toujours difficile pour un parent entendant qui doit choisir pour son enfant sourd. Quand les parents sont sourds et qu’ils ont déjà leur propre langage signé, le choix est plus évident, je crois!
Ce qui a pu me consoler dans tout cet apprentissage d’une langue signée, c’est la beauté et la cohérence de certains signes… Notamment pour les mots -neige, beau, gentil et … Je t’aime!
Français