Vous avez adopté l’intelligence artificielle (IA), mais l’utilisez-vous à son plein potentiel? Maîtrisez-vous l’art de la requête? Trop courte, celle-ci génère une réponse imprécise, comme une consigne bâclée qui aboutit à une suite d’allers-retours stériles. Trop longue, la requête dilue l’intention et brouille la réponse. Dans les deux cas, le résultat peut décevoir.
Ainsi, que vous utilisiez Copilot, ChatGPT, Gemini, Claude ou Mistral, l’important est d’éviter d’adopter la posture du général en chef de la requête qui, l’œil accusateur et l’épée brandie, multiplie les ordres comme si l’IA devait exécuter sans comprendre.
Cette approche ne vous mènera à rien.
Tout d’abord parce que vous n’êtes pas sur un champ de bataille, mais en mode collaboratif. Enfilez donc votre cape de bienveillance et engagez plutôt une conversation ouverte avec l’IA, dans un esprit de dialogue honnête et transparent.
Si la réponse de l’IA vous déçoit, dites-le-lui. Si vous souhaitez qu’elle approfondisse ou simplifie son propos, dites-le-lui. Si vous aspirez à conquérir le monde d’ici la prochaine année, dites-le-lui. En fait, tout ce qui vous semble logique et pertinent mérite de passer de vos réflexions à votre clavier.
Trois catégories de requêtes
Depuis 2023, j’ai offert une bonne centaine de formations sur l’IA (ChatGPT ou Copilot). Au fil des discussions, j’ai cherché à repérer des constantes dans les usages quotidiens des personnes qui suivent mes formations.
Quelques heures de réflexion m’ont mené à la conclusion que nous formulons trois types de requêtes. On pourrait parler de trois objectifs à répéter comme un mantra :
- Information
- Réflexion
- Rédaction
L’information
Qu’on s’en serve pour dénicher des faits, coller à l’actualité ou prospecter du contenu, la quête d’information via l’IA s’avère utile. Ce type de requête s’apparente à une recherche classique dans Google où, au lieu de générer une liste de résultats, l’IA génère des réponses.
Vous doutez de la validité des réponses? Excellent. Transformez-vous en journaliste d’enquête, puis partez à la chasse aux sources. Par exemple, commencez votre requête ainsi : « En affichant un maximum de sources sur le Web, pourrais-tu… »
À l’écran, vous aurez la possibilité de cliquer sur les liens menant aux textes et aux articles en ligne. Ne vous restera plus qu’à les survoler pour vérifier l’exactitude des réponses. De plus, en activant le mode « Recherche approfondie », vous pouvez analyser les sources en détail pour, par exemple, générer une solide revue de presse accompagnée de liens cliquables.
La réflexion
Ici, nul besoin de vérifier les sources. Il s’agit tout simplement de voir l’IA comme un outil créatif ou un conseiller spécial. Certaines personnes parlent parfois de stagiaires. Permettons-nous d’éviter cette formule un brin cynique à l’égard des stagiaires.
En matière de réflexion, que vous souhaitiez explorer des idées, affiner des angles, structurer un plan ou anticiper des objections, l’IA agit comme une conseillère stratégique.
Ainsi, plutôt que d’enfiler des séries de commandes du genre « fais ceci, fais cela », n’hésitez pas à lui confier que vous ignorez par où commencer. Même lorsque c’est faux. L’important est de l’aider à activer de nouvelles idées.
Voici un exemple de requête réflexive, conçue pour amorcer une conversation :
« Nous cherchons à promouvoir le hockey auprès des 7 à 9 ans, dans les provinces et territoires du Canada. La raison? Le sport connaît une baisse de popularité. Nous ignorons par où commencer. Nous avons un budget de X, des ressources ABC et souhaitons activer le tout sur un horizon de Y mois. Pour m’aider à atteindre cet objectif, j’aimerais que tu me poses 20 questions successives, c’est-à-dire l’une après l’autre, pour te permettre ensuite de dresser une liste de 50 recommandations, toujours destinées à atteindre cet objectif. »
Dans ce cas-ci, au lieu de formuler une simple réponse, l’IA vous posera une série de 20 questions. Chaque question stimulera votre réflexion. Et surtout, la sienne! Chaque réponse mènera à la prochaine question. Ce cycle aidera l’outil à produire des propositions beaucoup plus pertinentes et stratégiques.
L’IA tissera des liens entre divers domaines pour amalgamer les connaissances, les catégoriser, les structurer puis, ultimement, générer des idées. Toutes bonnes? Pas nécessairement, mais comme dans un vrai remue-méninges, retenez ce qui vous plaît, oubliez tout le reste. Grâce à ces réponses, vous profiterez d’une meilleure vue d’ensemble au moment d’amorcer votre rédaction.
La rédaction
La rédaction à l’aide de l’IA est un atout précieux pour quiconque possède déjà une expertise de la langue et nourrit une passion pour nos amis les mots.
Retenez cet élément crucial : l’art de la requête nécessite la capacité de visualiser les résultats espérés. Plus vous avez d’expérience, plus vous pouvez anticiper la version finale de votre texte, et donc, rédiger en amont des requêtes plus efficaces.
Que ce soit pour reformuler, résumer, structurer, paraphraser, titrer, traduire, ajuster la tonalité, ajouter des émojis, réviser, réécrire, demander des options de textes pour la même phrase, rectifier le propos, transformer un brouillon en une transcription impeccable, tout est possible.
Dans Copilot et ChatGPT, j’ai créé un assistant destiné à une seule tâche : la correction d’épreuves. Est-il 100 % parfait? Non. Mais combinée à des outils comme Antidote et à une expertise humaine, cette approche renforce la rigueur et la cohérence des textes. C’est pourquoi j’utilise rarement l’IA pour « reformuler », préférant lui demander de m’indiquer les endroits où je dois intervenir. La stratégie consiste ainsi à garder le contrôle sur mon contenu d’origine.
Vous n’êtes pas un chien savant
Fuyez les conseils miracles et les répertoires de requêtes toutes faites. Si votre fil LinkedIn est inondé de gourous de la requête et de listes des 50 outils qui vont changer votre vie, ne vous laissez pas berner.
Comme vos contenus, la requête doit être le prolongement naturel de vos réflexions. Ne cherchez pas le copier-coller parfait, le mot-à-mot, le tour de passe-passe. Faites-vous confiance et progressez. L’art de la requête se développe avec la pratique, comme un muscle, puis devient une seconde nature.
J’utilise l’IA tous les jours et j’enseigne quasi chaque semaine comment bien s’en servir. Mais je n’ai jamais livré de texte rédigé par une IA. Y compris celui-ci, entièrement écrit par mes neurones. Or, j’adore le travail quasi artisanal que l’IA permet, en aval comme en amont de ma rédaction.
À nous de trouver l’équilibre dans l’art de la requête, sans dénaturer ou atrophier notre capacité à créer des textes porteurs de sens et de réflexion. Des textes pensés par des humains, pour des humains.