Son accent, le choix de ses mots, et surtout ses éclats de rire, tout est coloré chez Garihanna Jean-Louis, co-porte-parole des Rendez-vous de la Francophonie 2025. Issue d’une famille originaire d’un pays où une forte dose d’humour est vite confondue avec un manque de sérieux, elle a pourtant sérieusement embrassé une carrière d’humoriste. Au cours de l’entrevue qu’elle nous a accordée, la comédienne et conférencière nous fait découvrir ses racines, qu’elle se fait le devoir de cultiver au quotidien, et nous parle de son parcours pour le moins atypique.
Une saveur mangue-érable
Née au Québec de parents haïtiens, Garihanna grandit entre Haïti et le Québec, un va-et-vient dans lequel il n’est pas évident de se forger une identité. Alors qu’elle se cherche, on la trouve trop québécoise en Haïti et trop haïtienne au Québec. Pourtant, c’est en naviguant entre les deux cultures qu’elle finit par dégager son authenticité à saveur mangue-érable, comme elle aime le préciser. Ne lui demandez d’ailleurs pas quelle facette prédomine chez elle. C’est la dualité même qui la nourrit et qui l’inspire en grande partie. Voici comment elle résume tout cela : « Haïti, c’est clairement mon héritage culturel, c’est ma connexion à mes valeurs familiales et cette extraordinaire richesse humaine incomparable. Le Québec, c’est mon point d’ancrage… ancrage dans une société plus ouverte qui permet d’explorer beaucoup d’aspects de la vie. »
Des détours inattendus
En cette année 2025, Garihanna Jean-Louis boucle fièrement une décennie de carrière en humour. Mais le chemin n’était pas tout tracé.
Elle fait des études en sciences économiques et en criminologie, et travaille au Service de police de la ville de Montréal. Mais la mort subite de son père vient tout remettre en question : A-t-elle fait les bons choix? Est-elle au bon endroit? Avance-t-elle dans la bonne direction? La tête remplie de questions, elle rentre en Haïti pour les funérailles et décide d’y rester. Sans plan précis. Le théâtre, qu’elle a pratiqué durant son enfance, l’appelle. À son ancienne école de théâtre, elle communique à des plus jeunes la passion qu’elle nourrit pour cet art depuis toujours. C’est au cours de cette période qu’une délégation québécoise anime en Haïti une formation de quelques jours en humour. Sa sœur aînée l’encourage à y participer. Et la voilà recrutée parmi les humoristes en herbe pour représenter Haïti au festival Juste pour rire, à Montréal. Son numéro sur la dualité culturelle remporte un succès tel que le soir même, elle se voit offrir une bourse complète à l’École nationale de l’humour. Il faut une réponse immédiate. En aussi peu que quinze minutes, elle dira oui à l’humour.
Le défi est de taille! Mais en embrassant pleinement une carrière d’humoriste, elle réussit à faire comprendre à sa famille et à sa communauté que « le rire peut être une façon sérieuse de transformer le monde ». Les diverses distinctions qu’elle a reçues, dont le prix d’artiste de l’année du Zoofest en 2022, un prix Gémeaux en 2021 et le titre de comédienne de l’année en 2019, sont autant de preuves qu’elle a trouvé son chemin.
Croire en sa voix et en sa voie
Aux plus jeunes qui ont envie de se lancer, Garihanna Jean-Louis donne le conseil qu’elle-même aurait souhaité recevoir plus tôt dans son parcours : « Croire en sa voix et en sa voie. » Car selon elle, « l’authenticité est un atout, probablement le plus grand atout qu’on pourrait avoir ».
Comment cultive-t-elle ses racines?
L’édition 2025 des Rendez-vous de la Francophonie se déroule autour du thème « Cultive tes racines » et pour la co-porte-parole Garihanna Jean-Louis, c’est un travail quotidien. Garihanna cultive ses racines à travers la musique, la cuisine et les traditions qui se passent de génération en génération dans sa famille. Elle reste curieuse par rapport aux autres cultures qu’elle découvre lors des nombreux voyages qu’elle effectue dans le cadre de son travail. « Je me définis comme une palette de couleurs, imbibée de toutes ces cultures que j’ai la chance de visiter, tout en restant fidèle à qui je suis comme personne », lance l’humoriste qui se dit une enfant du monde.
L’héritage qu’elle veut léguer
On sent les deux cultures en elle, comme si ses racines s’enfonçaient dans un mélange de terre du Québec et d’Haïti. Mais ses racines bien ancrées ne l’empêchent pas de voler vers d’autres cultures, desquelles elle puise une belle diversité. D’ailleurs, quand on lui demande ce qu’elle souhaite laisser comme héritage, elle n’a qu’un mot en tête : l’inclusion! Elle aimerait que son travail contribue au façonnement d’une « culture francophone plus inclusive, plus diversifiée où chaque personne, chaque voix, chaque accent, chaque histoire trouve sa place. Une culture où les échanges entre les générations et les origines vont nourrir notre créativité. »